Je me souviens de ce carnet... Tu sais, un carnet rose, avec une
serrure pour éviter qu'on y mette le nez. Une serrure ouverte avec un
trombone, quand j'ai perdu la clé.
J'y mettais des mots
dérisoires, des idées rasoir, toutes ces choses que l'on ne dit pas,
tous ces mots que l'on ne pense même pas connaître et qui viennent,
comme accouchés, sous la mine d'un crayon cassé et retaillé tant de
fois.
J'écrivais au crayon, comme pour garder la possibilité de
m'effacer, quand les mots crachés semblaient me dépasser, et au final,
je raturais au lieu de gommer, comme pour garder des preuves,
collection de ratures sur des pensées mal assumées.
Je ne sais
plus comment ça avait commencé, je crois que depuis toujours
j'écrivais, mais des lettres que j'oubliais de poster, et au final, je
m'étais mise à tout consigner dans ce carnet rose, tu sais, celui qui
s'ouvre avec une clé...
Et un jour je l'ai brulé. Je l'ai coupé
en miettes, avant, pour être sure de ne pas pouvoir le sauver. Avec de
grands ciseaux que j'avais trouvé dans la trousse à couture de ma mère.
De grands ciseaux aux lames argentées, et chaque coup de ciseau
m'arrachait des larmes, mais j'avais continué, jusqu'à faire de ces
mots un tas de confettis.
Je l'ai brulé, pour me bruler aussi,
je l'ai brulé pour ne plus souffrir de ne pouvoir partager ces maux, et
ils se sont gravés en moi, comme tatoués sur mon âme.
Et parfois
quand j'écris, sur mon blog qui s'ouvre sans clé, je retrouve des
expressions, des mots, des tournures de phrases qui me sautent au
visage, crayonnés sur une page rose de mon carnet rose, tu sais, celui
qui s'ouvre avec une clé...
Et mon blog noir est aussi sombre
que la mine grasse de mon crayon double B, sauf que mon clavier n'a pas
besoin d'être taillé, juste besoin d'un cyber-café pour coucher ici des
mots que j'effacerai.
Et mon blog noir est parfois rose, comme les pages de ce carnet rose, tu sais, celui qui s'ouvre avec une clé...
Papotages entre amis